• L'hospitalité comme règle de vie.

    Il y a peu de temps, j'ai effectué un voyage en pays étranger. Nous étions dans une région perdue, et n'avions aucun endroit où trouver de l'eau pour remplir nos gourdes, sinon chez l'habitant. Nous nous décidâmes à demander au premier village venu de remplir nos bouteilles. 

    La première personne à qui nous demandâmes de l'eau, était une vieille femme dont les rides avaient conservé la forme du sourire, qui fendait son visage en un éclat de dents inégales. Son foulard noué sobrement sur sa tête, elle compris à nos gestes évocateurs que nous avions grand soif. Alors dans son langage, et avec de grands gestes, elle nous invita à venir chez elle, et à nous asseoir autour de sa pauvre table. Embarrassés, nous obéîmes de peur de faire affront à son hospitalité. Alors nous vîmes arriver, l'un après l'autre, mille plats de thé et de gâteaux, du pain et tous les mets merveilleux qu'une femme peut inventer dans sa cuisine. Nous autres occidentaux aisés étions émerveillés et honteux de tout l'honneur qu'elle nous faisait, alors que nous n'avions presque rien à lui offrir en échange, si ce n'est nos sourires et nos conversations. 

    De retour à la maison, je voyais à chaque coin de rue ces hommes et ces femmes que la vie reflue aux bouches des métro, aux portes des églises et partout où la pluie ne passe pas. Je me disais que si, chaque soir, j'invitai une personne différente chez moi, qu'elle puisse bénéficier de tout le confort de l'électricité et du gaz, de la chaleur d'un bon bain et des remous d'un grand lit tendu de draps frais, j'aurais au moins remboursé à la vie une petite parcelle de ce que cette vieille femme nous avait offert dans le pays lointain. 

     

    L'hospitalité a une certaine saveur que j'aimerais garder longtemps. 

     

  • Vivre à la bougie.


    bougie,confiture,vivre à la campagne,été,panne de courant,confiture de mûreL'été dernier, j'ai eu une panne d'électricité à la maison. Nous étions plongés dans le noir pendant quelques heures, alors que la nuit était tombée. J'étais alors en train de préparer des confitures de mûres, et Dieu sait si les confitures de mûres ont besoin d'une solide lampe pour n'être pas brûlées. Tout l'art de la confiture se trouve dans le subtil dosage du fruit et du sucre : une trop grande quantité de sucre, et le goût écoeurant et collant de la pâte l'emporte sur le fruit. L'appareil devient alors une mélasse impossible à tartiner, et qui alourdit les tartines au lieu de les relever. Pas assez de sucre, et une insupportable acidité s'insinue dans les méandres du goût du fruit. 

    L'art du bon confiturier est de savoir distinguer, à l'oeil au goût et à l'intuition, l'exact instant où la cuisson sera parfaite, et l'exact dosage qui ajustera la recette à la qualité du fruit. 

    Je n'avais donc plus de lumière pour distinguer ma confiture. Je fouillais donc à tâtons dans les vieux tiroirs de ma cuisine. J'y trouvai un bout de chandelle usé, l'allumai à grands coups d'allumettes, et l'approchai de ma mixture déjà bouillonnante. 

    Alors la teinte et l'aspect de la confiture fut complètement mué à mes yeux. Ce n'était plus la masse lisse et tranquille de la mûre noir-bleu qui bout, mais une toute nouvelle masse magmatique qui respirait et bouillonnait de vie sous les éclats mouvants de la flamme incertaine. De temps en temps le magma s'extasiait en une bulle qui en enflant amoncellait des particules du fruit, et soudain lâche laissait une mousse visqueuse remplacer son éclatement. 

    Je faillis oublier ma tâche de confiturière, absorbée que j'étais par ce spectacle fantasmatique. 

     

    J'ai fini par appeler les services d'électricité ( j'ai mis du temps à trouver le bon numéro : je vous donne le site au cas où vous ne le trouviez pas: http://www.fournisseur-energie.com/ ) Ils m'ont dit que le courant serait remis sous peu. 

    Et puis soudain le courant revint. La calme lueur aseptisée des ampoules électriques rendit alors à mon magma fumant ses airs placides de confiture. 

  • Le conseil d'un père à son fils

    L'autre jour je parlais avec l'un de mes amis proches au sujet de nos éducations respectives. Il me disait que les enfants, dans leurs premiers âges, étaient très perméables à ce que disent leurs parents. Chaque attitude, chaque parole de leur père ou de leur mère s'inscrit en eux et ils le gardent pour très longtemps. 

    Il me disait notamment qu'une des paroles de son père l'avait beaucoup marqué. Il me la raconta ainsi : 

     

    " Je devais avoir une douzaine d'années. C'était alors les vacances dans mon pays, et je m'apprêtais à dormir toute la matinée. A sept heures, mon père me réveilla, et me demanda de venir avec lui. Je ne comprenais pas et rechignais à me lever de si bon matin. Il me dit alors : tu vas m'accompagner à mon travail, afin de voir comment est la vie des adultes. Je le suivais alors à son atelier, et à chaque fois il m'expliquait comment travaillaient les gens, comment fonctionnaient les machines. 

    "A un moment, il s'arrêta, me regarda dans les yeux, et me dit : 

    "Si dans ta vie future tu fais des choses et lances des projets, et que tout le monde dans la société autour de toi approuve ce que tu fais, cela veut dire que tu es dans le mauvais chemin. Si au contraire les gens désapprouvent des actions, et critiquent âprement les  choix que tu fais, là, tu auras suivi la bonne voie""

     

    Mon ami se tut. Je lui dit que son père était un homme sage.