Les gens du métro.

Les gens du métro sont souvent tristes et un peu sauvages dans leur manière d'être indifférents. Ils m'indiffèrent et m'apâtent. J'aimerais leur toucher les genoux en leur demandant ce qu'ils pensent de la vie. Mais je ne peux pas parce que je suis bien élevée. Je me contente donc de les regarder à la dérobée, espèrant qu'ils puissent me dire bonjour comment allez vous je trouve vos mains très moites aujourd'hui. Mais ils ne disent rien et je fais la mijaurée et je pleure dans ma tête parce que nous n'osons pas nous parler pour ne rien dire entre êtres humains. 

Je regarde les gens dans le métro et de temps en temps je sors mon carnet pour prendre des notes comme Victor Hugo dans "Choses Vues" sauf que je suis une fille donc je ne pourrais jamais arriver au génie de Hugo parce que je suis une fille et les filles ne sont pas bonnes en littérature c'est Carl qui me l'a dit. 

Du coup je vais retranscrire ce que j'ai vu dans le métro et que j'ai retranscris dans mon carnet Muji. 

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Homme noir du métro tu as les yeux paisibles

Tu écoutes le bruit que font tes écouteurs

Nous fumes un instant l'un pour l'autre visibles

Dans ce contact humain tout emprunt de pudeur

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Ô vieillard du métro aux pieds nus amputés

Ton habit est un linge tâché de sang séché

Tes litanies perdues dans le morne matin

Posent ton coeur d'enfant au fond de mon chagrin

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Entre les doigts clairs et soignés

Je pouvais lire MArcel Pagnol

Il aurait pu s'appeler Paul

Sous son costume gris et feutré

Son long bras d'enfant trop grandi

Soutenait un imperméable

Et le cuir de son cartable

Et ce livre : le temps des Amours. 

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Un homme dans le métro, complet blanc chemise bleue à rayures blanches mocassins en daim et valise Lancel, avec une tête de professeur anglais, le front dégagé, cheveux gris et blancs et la barbe encore gris sale non par saleté mais par nuance de la moustache. Il me fait penser rétrospectivement à Marcel Pagnol. 

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