• Je fais du tricot

    Aujourd'hui j'ai repris mon tricot. Trois ans que je n'y avais pas touché, depuis que Mirault s'était éborgné avec une des aiguilles. On avait dû l'emmener à l'hopital, qui nous avait dit d'aller aux urgences vétérinaires, mais c'était trop loin. Mirault avait gémi toute la nuit, je lui appliquais des cotons de ouate imbibée d'eau minérale sur l'oeil, mais peine perdue il n'arrivait pas à se taire. 

    J'ai donc mis Mirault dans le cagibi, enfermé entre les chaussures et les manteaux, et j'ai mis des boules quiès. j'aime bien mon chien, mais parfois il fait trop de bruit. Il s'est calmé dans la nuit vers trois ou quatre heures du matin. 

    Le lendemain, je rangeais mes aiguilles à tricoter dans un placard, en me jurant de ne plus y retoucher. 

    Oui mais voilà, Mirault est mort hier, après quinze ans de bons et loyaux services à notre famille. Il a été inhumé au fond du jardin, nous avons construit un mausolée de type bulgare à sa mémoire, et planté un géranium sur sa tombe. 

    Et j'ai repris mon tricot. 

  • You're so tasty

    Mmmmmh you're so tasty ouuh yeah. mMMMMhh let's let the day last long long time. ouuuuuuuuh my sweet baby my baby you are so very tasty. Oh let us have another drink with each other baby. Who needs the words to say if we speak touch for touch we'll soon discover our wave together. bodies and ours souls. Let's make a day last until we was. MURRAY HEAD. 

  • Les gens du métro.

    Les gens du métro sont souvent tristes et un peu sauvages dans leur manière d'être indifférents. Ils m'indiffèrent et m'apâtent. J'aimerais leur toucher les genoux en leur demandant ce qu'ils pensent de la vie. Mais je ne peux pas parce que je suis bien élevée. Je me contente donc de les regarder à la dérobée, espèrant qu'ils puissent me dire bonjour comment allez vous je trouve vos mains très moites aujourd'hui. Mais ils ne disent rien et je fais la mijaurée et je pleure dans ma tête parce que nous n'osons pas nous parler pour ne rien dire entre êtres humains. 

    Je regarde les gens dans le métro et de temps en temps je sors mon carnet pour prendre des notes comme Victor Hugo dans "Choses Vues" sauf que je suis une fille donc je ne pourrais jamais arriver au génie de Hugo parce que je suis une fille et les filles ne sont pas bonnes en littérature c'est Carl qui me l'a dit. 

    Du coup je vais retranscrire ce que j'ai vu dans le métro et que j'ai retranscris dans mon carnet Muji. 

    ***

    Homme noir du métro tu as les yeux paisibles

    Tu écoutes le bruit que font tes écouteurs

    Nous fumes un instant l'un pour l'autre visibles

    Dans ce contact humain tout emprunt de pudeur

    ***

    Ô vieillard du métro aux pieds nus amputés

    Ton habit est un linge tâché de sang séché

    Tes litanies perdues dans le morne matin

    Posent ton coeur d'enfant au fond de mon chagrin

    ***

    Entre les doigts clairs et soignés

    Je pouvais lire MArcel Pagnol

    Il aurait pu s'appeler Paul

    Sous son costume gris et feutré

    Son long bras d'enfant trop grandi

    Soutenait un imperméable

    Et le cuir de son cartable

    Et ce livre : le temps des Amours. 

    ***

    Un homme dans le métro, complet blanc chemise bleue à rayures blanches mocassins en daim et valise Lancel, avec une tête de professeur anglais, le front dégagé, cheveux gris et blancs et la barbe encore gris sale non par saleté mais par nuance de la moustache. Il me fait penser rétrospectivement à Marcel Pagnol.