Le blog de Simone - Page 3

  • Les gens du métro.

    Les gens du métro sont souvent tristes et un peu sauvages dans leur manière d'être indifférents. Ils m'indiffèrent et m'apâtent. J'aimerais leur toucher les genoux en leur demandant ce qu'ils pensent de la vie. Mais je ne peux pas parce que je suis bien élevée. Je me contente donc de les regarder à la dérobée, espèrant qu'ils puissent me dire bonjour comment allez vous je trouve vos mains très moites aujourd'hui. Mais ils ne disent rien et je fais la mijaurée et je pleure dans ma tête parce que nous n'osons pas nous parler pour ne rien dire entre êtres humains. 

    Je regarde les gens dans le métro et de temps en temps je sors mon carnet pour prendre des notes comme Victor Hugo dans "Choses Vues" sauf que je suis une fille donc je ne pourrais jamais arriver au génie de Hugo parce que je suis une fille et les filles ne sont pas bonnes en littérature c'est Carl qui me l'a dit. 

    Du coup je vais retranscrire ce que j'ai vu dans le métro et que j'ai retranscris dans mon carnet Muji. 

    ***

    Homme noir du métro tu as les yeux paisibles

    Tu écoutes le bruit que font tes écouteurs

    Nous fumes un instant l'un pour l'autre visibles

    Dans ce contact humain tout emprunt de pudeur

    ***

    Ô vieillard du métro aux pieds nus amputés

    Ton habit est un linge tâché de sang séché

    Tes litanies perdues dans le morne matin

    Posent ton coeur d'enfant au fond de mon chagrin

    ***

    Entre les doigts clairs et soignés

    Je pouvais lire MArcel Pagnol

    Il aurait pu s'appeler Paul

    Sous son costume gris et feutré

    Son long bras d'enfant trop grandi

    Soutenait un imperméable

    Et le cuir de son cartable

    Et ce livre : le temps des Amours. 

    ***

    Un homme dans le métro, complet blanc chemise bleue à rayures blanches mocassins en daim et valise Lancel, avec une tête de professeur anglais, le front dégagé, cheveux gris et blancs et la barbe encore gris sale non par saleté mais par nuance de la moustache. Il me fait penser rétrospectivement à Marcel Pagnol. 

  • Un peu plus sur Simone

     Simone est une chose flasque qui se traîne avec ses yeux myopes, derrière son bureau et les doigts sur son ordinateur. Simone est une grande fille un peu maladroite, qui essaie tant bien que mal de vivre et de se faire à la société dans laquelle elle habite. Souvent, elle se tait pour observer ce qu'il y a autour d'elle. Elle aime particulièrement le silence et le calme et parfois sort sous la lune pour écouter la nuit. Le matin quand elle se réveille ell

    jennifer-jones-402043_1280.jpge n’est jamais très réveillée, parce qu’elle n’est pas du matin, même avec un bon café.

    Souvent elle part seule dans la nature ou dans la ville, et voyage toute seule à observer les gens. Elle parle souvent à des inconnus pour savoir ce qu’ils sont et s’ils sont vraiment ce qu’elle pense qu’ils sont. Elle aime découvrir des vies comme on soulève le couvercle des pots de confiture.

    Elle est passionnée par la cuisine expérimentale, celle qui nous fait repenser la notion même de cuisine. Par exemple, hier, j’ai longuement pensé à l’originalité profonde du concept de perle de coco, qui n’est semblable à aucun autre dessert connu.

     

    Parfois quand Simone sort dans la rue et regarde autour d'elle et voit les hommes autour elle aimerait être un garçon ou un chien ou autre chose pour qu'on ne pose pas le même regard sur elle. 

    Simone n'aime pas les gens qui ferment les yeux aux merveilles du quotidien. Elle n'aime ni la bêtise ni la niaiserie. Elle refuse le saucisson quand on lui propose, mais aime beaucoup le cheeseburger. 

    Simone fait beaucoup d'expériences avec son quotidien. C'est pour ça qu'elle est heureuse. 

  • L'hospitalité comme règle de vie.

    Il y a peu de temps, j'ai effectué un voyage en pays étranger. Nous étions dans une région perdue, et n'avions aucun endroit où trouver de l'eau pour remplir nos gourdes, sinon chez l'habitant. Nous nous décidâmes à demander au premier village venu de remplir nos bouteilles. 

    La première personne à qui nous demandâmes de l'eau, était une vieille femme dont les rides avaient conservé la forme du sourire, qui fendait son visage en un éclat de dents inégales. Son foulard noué sobrement sur sa tête, elle compris à nos gestes évocateurs que nous avions grand soif. Alors dans son langage, et avec de grands gestes, elle nous invita à venir chez elle, et à nous asseoir autour de sa pauvre table. Embarrassés, nous obéîmes de peur de faire affront à son hospitalité. Alors nous vîmes arriver, l'un après l'autre, mille plats de thé et de gâteaux, du pain et tous les mets merveilleux qu'une femme peut inventer dans sa cuisine. Nous autres occidentaux aisés étions émerveillés et honteux de tout l'honneur qu'elle nous faisait, alors que nous n'avions presque rien à lui offrir en échange, si ce n'est nos sourires et nos conversations. 

    De retour à la maison, je voyais à chaque coin de rue ces hommes et ces femmes que la vie reflue aux bouches des métro, aux portes des églises et partout où la pluie ne passe pas. Je me disais que si, chaque soir, j'invitai une personne différente chez moi, qu'elle puisse bénéficier de tout le confort de l'électricité et du gaz, de la chaleur d'un bon bain et des remous d'un grand lit tendu de draps frais, j'aurais au moins remboursé à la vie une petite parcelle de ce que cette vieille femme nous avait offert dans le pays lointain. 

     

    L'hospitalité a une certaine saveur que j'aimerais garder longtemps.